Émission Underscore #111 du 30 septembre 2018

Voici quelques liens sur les sujets développés :

Actu

Les FAILs de l’été

Chiptune: “What We Can Build” the theme song for Paywall: The Business of Scholarship

La bande son du générique du film.

Sujet : Privés de savoir ? Le petit monde de l’édition scientifique

Rappels sur la recherche scientifique académique

La recherche scientifique s’est progressivement structurée autour de traditions plus ou moins ancrées, comme les congrès, et les journaux.

La Royal Society anglaise, première institution de ce type, est fondée en 1660. Elle publie le premier journal académique, Philosophical Transactions, en 1665.

Elle pose les principes actuels de la revue par les pairs d’articles rédigés bénévolement, et leur publication pour une diffusion la plus grande possible.
En effet, bien avant Internet, c’était le moyen le plus efficace de disséminer le savoir, car c’était bien le bug au départ.

Les Congrès Solvay depuis 1911 (qui ont rassemblé des grands noms comme Marie Curie, longtemps restée la seule femme participante, ou Albert Einstein) posent les bases des congrès scientifiques actuels, ou les universités payent pour y envoyer leurs chercheurs exposer leurs travaux.

Depuis le processus est devenu tellement habituel qu’il est juste impossible d’être reconnu en étant hors du système.

En effet, le boulot habituel d’un doctorant ou d’un chercheur, en plus de la recherche (sic) de financement (parce que bon, c’est leur métier hein, la recherche), c’est de pondre des articles en espérant qu’ils soient publiés dans des revues prestigieuses, et cités par d’autres autant que possible.

On écrit donc un “article”, qui décrit une hypothèse, une expérience, les biais identifiés, les conclusions, sans oublier de citer les papiers décrivant les autres expériences et connaissances que l’on a utilisé. Loin d’être un boulot d’ermite dans une caverne, c’est un processus itératif, ou chacun amène sa pierre en construisant sur ce que les autres ont déjà produit.

On soumet cet article à un journal, ou une conférence dédiée au sujet, et un comité de lecteurs (d’autres chercheurs du même domaine) l’étudient pour en valider les conclusions.
Ça marche plus ou moins, parfois ça devient juste des vacances payées par l’université.

Bien sûr, leur propositions sont souvent rejetés, ils doivent dont tenter leur chance dans un autre journal, puis un autre, ou alors proposer des corrections, jusqu’à ce que ça passe.

En soi ce n’est pas forcément un mauvais système, le problème c’est son détournement pour gagner des places dans les classements.

Parce que oui, les chercheurs sont notés.
Ça s’appelle le facteur d’impact, ou indice h.

Plus on est cité par d’autres, plus on publie dans des revues prestigieuses (et la notion de prestige est toute relative, c’est surtout celles qui se vendent le plus cher en fait), plus on grimpe.
Malheureusement ça n’a rien à voir avec le contenu des papiers, même si théoriquement le fait d’avoir été publié donc acceptés par ses pairs devrait suffire comme gage de qualité, il y a régulièrement des fraudes, et même des journaux montés de toute pièces pour pouvoir publier.

Les éditeurs

Loin de la Royal Society, les journaux sont maintenant majoritairement publiés par des “gros” éditeurs, comme Elsevier, le plus gros, ou Springer. Quelques gros qui détiennent 40% du “marché”.

Enfin, ce n’est pas vraiment un marché au sens normal du terme, puisque bien sûr on ne peut pas remplacer un journal par un autre moins cher, il n’a pas le même contenu.

Et quand je dis “gros”, ça veut dire “bien plus gros en terme de marge que tout ce que vous pouvez imaginer”. On dépasse les 35%, pour arriver à 40% parfois. Pour comparaison, Walmart, une grande chaîne de supermarchés américaine arrive à peine à 3%, l’industrie automobile à 10%, et les banques à 20%.
Ils gagnent des milliards d’euros sur le dos des chercheurs et de leur université (et donc de nos impôts) en privatisant le savoir.

Ils n’ont pas cessé ces dernières années de faire monter les prix des revues qu’ils publient, +7% tous les ans, alors même qu’avec le numérique ça ne leur coûte plus rien à produire. Et ils n’ont personne à payer puisque les comités de lecture sont des chercheurs bénévoles, et que les auteurs des articles ne sont pas payés non plus (ils font ça pour le prestige, enfin leur h-index). Pire, dans beaucoup de cas, ils exigent que les auteurs leur cèdent leurs copyright.
Bien sûr, au bout d’un moment certaines universités n’ont juste plus les budgets.

Des chercheurs ont fini par se révolter contre cet état de fait.

Plus de 17000 chercheurs ont co-signé la protestation “The cost of knowledge[wikipédia].

Il y a même une campagne “Boycott Elsevier“.

#OpenAccess

Outre les pétitions, certains chercheurs ont fini par vouloir changer le système, en publiant leurs articles autrement, et ont créé le concept d'”OpenAccess”, en expliquant qu’il n’était plus normal de devoir payer pour avoir accès à la connaissance, surtout quand elle est déjà financée par l’état.

Des structures associatives publient maintenant des journaux gérés de cette manière.

#OpenScience

D’autres sont allés plus loin, expliquant que pour reproduire les expériences décrites dans les articles, il fallait aussi avoir accès aux outils (dont les codes sources des logiciels) ainsi qu’aux données, pour pouvoir tirer ses propres conclusions.
Ils ont donc lancé l’initiative “open science”.

Et ils ont raison : de nombreux articles basent des conclusions sur des données que seul l’auteur détient, et parfois même l’auteur ne les a plus.

SciHub

L’OpenAccess, c’est bien pour les publications dont les auteurs acceptent le principe, mais pour tout le reste, comment faire ?

Certains ont tenté des choses, plus ou moins légales.
On vous a déjà parlé d’Aaron Swartz, qui a été poursuivi pour avoir téléchargé tous les articles qu’il a pu trouver à l’université en utilisant l’accès qu’il avait.
Il a fini par se suicider, et même si on en est pas sûr, c’est probablement un peu à cause de ça.

D’autres ont lancé le hashtag twitter #ICanHazPDF pour demander aux collègues ayant un accès à un article de leur envoyer une copie.

Alexandra Elbakyan, étudiante au Kazakhstan en 2011, en a eu marre, et a lancé le site SciHub, une base de données “pirate” regroupant tous les articles qu’elle et d’autres ont pu copier.

Elsevier a porté plainte en 2015, et le domaine initial a été fermé, mais il réapparaît régulièrement ailleurs.

#DATAGUEULE 63 (2016)

Cet épisode de DataGueule détaille en une dizaine de minutes cette énorme arnaque intellectuelle et financière de l’édition “scientifique”.

Le film « Paywall: The Business of Scholarship »

Ce mois-ci donc, un documentaire sur ce sujet vient d’être publié par Jason Schmitt, Professeur et chef de département à l’université Clarkson.

Avec de nombreux entretiens il tente d’expliquer comment tout cela fonctionne et pourquoi ça doit changer.

Le film est disponible en ligne sous licence CC-by, y compris en version très haute définition pour les cinéma qui souhaiteraient organiser des projections.

Il n’y a pas encore de sous-titrage en français, mais ça ne saurait tarder, j’ai proposé au réalisateur de faire la traduction en crowdsourcing.

Mais au final, est-ce vraiment encore de la Science ?

Personnellement je considère que la science doit être accessible à tous par définition, sinon ça n’est pas de la science. D’ailleurs c’est une des condition, la scientificité est la propriété de pouvoir reproduire l’expérience. Mais pour la reproduire, il faut pouvoir savoir qu’existe, et comment la refaire. Et il n’y a pas de raison que cette possibilité soit uniquement accessible à ceux qui ont les moyens de payer. Au contraire, elle se doit d’être accessible à tous.
Donc quand on doit payer pour avoir accès à la connaissance, ben c’est de la “recherche et développement”, mais pas de la science.

La science n’est pas une démocratie (sauf quand quelques uns votent pour déchoir Pluton du titre de planète, mais d’ailleurs ça pose toujours problème).
Par contre elle se doit d’être une chose publique (une res publica, une république) et une chose commune (un commun, res communi).

Chiptune: She Blinded Me With Science [8 Bit Tribute to Thomas Dolby] – 8 Bit Universe

Agenda

Rappelons que l’agenda est celui de la semaine passée lors des rediffusions le samedi.

Wikiconvention francophone

La WikiConvention francophone est un événement de type WikiCon (mot-valise de Wikimedia conference) dédié à la communauté francophone.
Elle a pour but de permettre aux contributeurs francophones des différents projets Wikimédia de se rencontrer et d’échanger sur le partage libre de la connaissance, l’éducation, le libre, etc.
Du vendredi 5 octobre 2018 à 09h00 au dimanche 7 octobre 2018 à 18h00.
Musée de Grenoble, 5 place de Lavalette, Grenoble

Mardinnov – 13ème édition

Le rendez-vous de l’innovation et du numérique en Drôme #mardinnov
Sur inscription
Pôle Ecotox – Espace Hemera Parc d’activités de Rovaltain -Valence TGV Cours Emilie du Châtelet, Alixan
Mardi 02 octobre 18:00 – 20:00

Mission Graphisme Open Source

Les outils de la communication graphique professionnelle à votre portée. Vous désirez créer votre entreprise, vous réalisez professionnellement dans un domaine qui vous convient ou accroitre vos compétences, les outils numériques du graphiste sont souvent un passage obligatoire. Vous ne voulez pas forcément devenir graphiste, mais si vous pouviez faire par vous-même de petites mises en page ou de la retouche d’images, ce serait parfait ! Cette formation aux bases des logiciels de PAO afin d‘être autonome dans vos projets est idéale.
Payant, sur inscription.
Du 2 au 4 octobre, 9h-17h.
La Forge Collective, 8 Rue Baudin, 26000 Valence.

Astrologeek

  • gamer : game over , c’est pas du jeu !
  • macounet : tu as privatisé ton os !
  • technophile : il a tiré un coup , il a une enceinte sans fil.
  • hacker : Grace a ton sql , je me suis rassasié !
  • musico : Qui dort DIN. Jack yes !
  • imprimeur : non mais laisse tomber t’as aucun style ! Pfff